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mardi 17 septembre 2013

Rony: un mouton noir qui tiendra bon

 Dans les quartiers pauvres de Tegucigalpa, les enfants vivent au milieu de la violence et de la criminalité due au trafic de drogue. Pour permettre à ceux qui le souhaitent de s’en sortir et d’entrevoir de nouvelles perspectives, la CRS organise des formations, des ateliers et des loisirs. Une histoire qui dépeignent la vie à Tegucigalpa.


Propos recueillis par
Katharina Schindler







Cela ne fait pas longtemps que je me rends au centre de jeunesse. C’est ma mère qui m’y a emmené il y a six mois, quand j’ai été renvoyé de l’école.


Elle avait très peur que que je continue à traîner dans la rue, avec toutes les horreurs qui s’y passent.
Je suis le deuxième d’une fratrie de trois, et d’une certaine manière, j’ai toujours été le mouton noir.


Et puis je ne vis pas avec mes parents, mais avec ma grand-mère. Certes, elle habite le même quartier qu’eux, mais quand même. Dès mon plus jeune âge, j’étais toujours dans la rue, c’est là que se trouvait ma vraie famille.


La bande s’occupait de moi au début, mais les choses se sont corsées avec le temps. J’ai déjà beaucoup vécu, et vu beaucoup de choses. Je fumais souvent des joints mais n’ai jamais touché aux drogues dures. Il faut faire attention à celles-là.


Un de mes amis est devenu passeur de drogue. Il n’était pas plus âgé que moi. Une fois, je l’ai vu se faire traîner dans une voiture. J’ai appris plus tard qu’ils l’avaient tué. C’est notre quotidien ici. Les gangs se font la guerre, tout est une question de vie ou de mort.



J’ai été renvoyé de l’école parce que j’ai insulté ma prof. Je ne sais plus au juste ce que j’ai dit. Tu as droit à sept avertissements, au huitième, tu es viré. A vrai dire, j’étais super bon à l’école; j’ai des facilités. C’est seulement que je m’ennuyais le plus souvent, et je préférais la rue.


Je n’étais pas très motivé pour aller au centre de jeunesse de la Croix-Rouge. Qu’est-ce que j’allais y faire? Ils m’ont mis dans un atelier de menuiserie, mais ce n’était pas pour moi. Aujourd’hui, je suis bénévole pour les après-midis des enfants.


C’est déjà plus mon truc. Le matin, nous nous retrouvons au centre et préparons le programme. L’après-midi, nous allons à la maison de quartier pour jouer avec les enfants à 1, 2, 3 soleil ou pour faire des courses en sac. J’y prends même du plaisir.


Et puis sinon, les enfants traîneraient eux aussi dans la rue et deviendraient peut-être passeurs de drogue à leur tour. J’ai complètement changé depuis que je suis ici.


Des anciens amis m’observent parfois de bas en haut parce qu’ils ne me reconnaissent pas. Il faut dire qu’on planait tout le temps. Aujourd’hui, j’ai l’esprit clair. J’espère que je tiendrai bon.

Images: Caspar Martig

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