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mardi 17 septembre 2013

Swar: un ancien passeur qui trouve son chemin

Dans les quartiers pauvres de Tegucigalpa, les enfants vivent au milieu de la violence et de la criminalité due au trafic de drogue. Pour permettre à ceux qui le souhaitent de s’en sortir et d’entrevoir de nouvelles perspectives, la CRS organise des formations, des ateliers et des loisirs.

Katharina Schindler
a rencontré Swar.










 J’ai grandi dans la loi des maras et n’ai jamais rien connu d’autre que la rue. Je n’étais qu’un enfant quand ma mère a quitté le foyer pour déménager en Espagne avec mes sœurs. Je suis resté seul avec mon père.



Comme mon père travaillait, j’étais livré à moi-même. Logiquement, je traînais dans la rue, où l’on s’occupait de moi. Les chefs des maras m’ont offert mon premier vélo. Plus tard, j’avais alors 10 ans environ, j’ai dû leur rendre quelques services, puis je suis devenu passeur. Comme j’étais jeune, la police ne me contrôlait jamais. Je transportais la drogue d’un quartier à l’autre dans mon caleçon.



Si j’ai vu beaucoup de choses terribles et commis beaucoup de méfaits, je n’ai jamais tué. C’était pour moi la limite à ne pas franchir. Et c’est pour cette raison que j’ai quitté le gang. Mais aussi parce que je ne supportais plus de perdre des amis. J’ai vu mourir plusieurs d’entre eux, dont mon cousin. Mon meilleur ami se droguait. Un jour, il a fait une overdose à laquelle il n’a pas survécu. C’est arrivé comme ça, d’un coup. J’étais très triste et ne savais plus quoi faire. Mais je n’ai jamais rien raconté à la maison. 



Entretemps, j’ai eu un demi-frère. Une de mes tantes a raconté à ma mère en Espagne que je filais un mauvais coton. Très en colère, ma mère m’a téléphoné, me faisant des reproches et me disant à quel point je la décevais. C’est aussi pour cette raison que j’ai voulu changer.


J’ai appris par un ami que le centre de jeunesse de la Croix-Rouge offrait des formations professionnelles et que l’on pouvait y rencontrer des gens bien. J’ai surtout suivi des cours d’informatique, et aujourd’hui, je dirige le café Internet du centre. 


 Au début, j’avais peur: comme j’étais resté longtemps dans le gang de jeunes, je savais beaucoup de choses et je pensais qu’ils me tueraient si je partais. Ce qui s’est déjà produit: un jeune qui travaillait au centre a été abattu. 


 Heureusement, il ne m’est rien arrivé, je me sens de plus en plus en sécurité. Je croise parfois d’anciennes connaissances dans la rue. Je les salue et poursuis mon chemin. 


Images: Caspar Martig 

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