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lundi 4 novembre 2013

Du bon pain de bon matin

Dans la ville de Zahlé, au Liban, la Croix-Rouge approvisionne les réfugiés syriens en pain. Karl Schuler, collaborateur de la Croix-Rouge suisse (CRS), était sur place lors d’une distribution.











En ce dimanche matin, nous quittons Beyrouth de bonne heure pour arriver à temps à Zahlé, à mi-chemin entre la capitale libanaise et Damas. La distribution de pain débutant à 7h30, nous ne sommes pas peu fiers d’avoir sauté du lit sans broncher à 5h.
Jusqu’à ce qu’à notre arrivée, Wahel Ibrahim de la boulangerie LATOUR nous annonce que lui et ses dix employés se sont levés à 3h pour préparer les quelque 2000 galettes de pain qu’il nous présente avec satisfaction. Autant dire qu’en comparaison, notre réveil au point du jour tient plutôt de la grasse matinée…


Sur mandat de la Croix-Rouge, les boulangers ont réalisé des pitas (galettes de pain typiques) qu’ils distribuent à des familles de réfugiés syriens. En fonction du nombre de bouches à nourrir, chacune d’elles reçoit entre un et plusieurs kilos de ce pain qui se conserve pendant plus d’une semaine. Wahel Ibrahim, 32 ans dont 14 dans le métier, assure n’avoir jamais préparé autant de pitas dans sa boulangerie.

Dans les camps de réfugiés environnants, les familles les plus démunies ont été identifiées par des bénévoles de la Croix-Rouge libanaise, si bien qu’aujourd’hui, 300 personnes font la queue pour recevoir du pain. Dans la foule, on remarque aussi quelques enfants et adolescents qui ont enfourché leur vélo rouillé ou leur vélomoteur afin de ramener à bon port leur précieuse cargaison.


Pour le Liban, un pays quatre fois plus petit que la Suisse, l’afflux de réfugiés représente à tout point de vue un défi considérable. Au moins 1,2 million de Syriens ont déjà été accueillis sur ce territoire qui ne comptait jusqu’alors qu’un peu plus de 4 millions d’habitants. En une douzaine de mois, la petite ville chrétienne de Zahlé, située dans la plaine fertile de la Bekaa, a vu sa population doubler, passant de 25 000 à plus de 50 000 habitants. Seuls 10% environ des réfugiés syriens peuvent se permettre de résider dans une maison ou dans un appartement au sens traditionnel du terme.


Les autres louent pour la plupart une pièce au loyer souvent exagéré dans un immeuble en construction, un garage ou tout autre refuge. Quant aux 30% restants, les plus pauvres, ils occupent pour 60 francs par mois un abri de plastique et de bois dans l’un des 55 camps provisoires disséminés à travers la plaine de la Bekaa. Pour réduire les coûts, deux ou trois familles se partagent les tentes les plus grandes, où elles aménagent un coin cuisine pour préparer du thé chaud et des repas simples à l’aide d’un réchaud.


Ali Issa a fui Alep il y a bientôt une année en compagnie de sa femme et de leurs trois filles. Avant de quitter la Syrie, ils ont été contraints de brader un terrain afin de subvenir à leurs besoins, puis se sont installés tous les cinq ici, dans un abri qu’ils partagent avec une autre famille. Ali ne trouve du travail que par intermittence. Embauché comme journalier dans une vaste exploitation agricole de la Bekaa, il cueille alors des tomates ou ramasse des pommes de terre. Nous l’accompagnons à l’intérieur de son logement provisoire, où sa femme Sanaa nous accueille à bras ouverts. Ce pain frais, tout le monde l’a attendu avec impatience. Et Sanaa de confier qu’elle a accumulé une certaine expérience dans l’art de le conserver le plus longtemps possible afin de compléter les repas quotidiens.




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